Dernière mise à jour le 29/03/2011

Kihon Ippon Kumite règles et Critères d'évaluation

Kihon Ippon Kumite

S'entraîner aux différents types de combats conventionnels du Karate Shotokan nécessite d'en savoir les règles et de bien les comprendre. L'opposant est un partenaire, les règles permettent de réduire les risques du travail en opposition et surtout, en réduisant les incertitudes du combat, d'en faire un exercice d'apprentissage dans lequel chacun peut s'exprimer quel que soit son niveau..

Progresser dans cet exercice implique aussi d'en connaître les critères d'évaluation.

C'est ce que nous allons essayer de faire dans cette page.

Vous trouverez aussi dans les vidéos de nombreux exemples pour servir de support à votre recherche personnelle.

KIHON IPPON KUMITE :

Kihon = fondamental, Ippon = un point, une technique, Kumité = rencontre des mains. On pourrait donc le traduire par « combat conventionnel sur une technique ».

Le kihon ippon kumité est la première forme d’assaut conventionnel que l’on travaille en Karaté-Do.

  On y retrouve les mêmes techniques qu’exécutées en kihon : techniques de poings (tsuki waza), de pieds (keri waza), ainsi que des frappes mains ouvertes (shuto uchi, koko uchi, …) ou d’autres armes naturelles encore (empi, hiza geri, …). Bien évidemment, les blocages sont aussi réinvestis dans cette forme de travail (gedan barai, uchi komi, age uke, …).

Tori effectue jodan oi tsuki. Kanazawa Senseï, dans le rôle d’Uke, de la position yoï, bloque jodan age uke et contre attaque chudan gyaku tsuki. Ce contre est effectué en trajectoire « directe ».

Hirokazu Kanazawa montre également une sortie à 45 degrés –extérieur- sur la même attaque –ce sont donc deux choix stratégiques. Il bloque de nouveau jodan age uke mais exécute ensuite yoko geri keage et yoko empi uchi.

Karate do
Aix Arts Martiaux Yiseishindo

  Les objectifs du kihon ippon kumité sont divers : se réapproprier dans un affrontement conventionnel les techniques effectuées en kihon, commencer à éduquer le karatéka à des situations d’oppositions, apprendre à créer et développer des stratégies de combat, allier subtilement notions de contrôle et de détermination, maaï, etc.

Le kihon ippon kumité est donc bel et bien une forme de kihon, mais qui se travaille à deux. Ainsi, la différence essentielle réside dans la situation d’opposition, qu’il faut apprendre à gérer : sincérité de celui qui a l’initiative –attaque franche-, donc authenticité de celui qui se défend –blocage et contre attaque efficaces-, éliminer les « temps d’appel », etc. –Cf. ci-après.

Cette forme d’assaut conventionnel diminue donc incontestablement les incertitudes puisque la technique d’attaque est connue, mais cela ne transige en rien sur le point primordial de l’efficacité, de part et d’autre. A un détail près pour uke –et pas des moindres- : adopter une stratégie de combat cohérente et efficace, à plusieurs niveaux.

Les blocages et les techniques dites de contre-attaque sont libres, ce qui permet au karatéka de pouvoir varier sa gestion d’une même agression de façon riche et diversifiée, en intégrant le principe du go no sen –réagir à l’attaque adverse. Au-delà de sa réactivité, le pratiquant perfectionne également sa stabilité, sa précision, sa vitesse d’exécution, son « contrôle » des coups.

De cette manière, il intègre des automatismes et des mécanismes stratégiques qui lui permettront de développer des compétences indispensables pour les combats non-conventionnels –Jyu ippon kumité, jyu kumité.

1-Le rituel

  Comme en kihon, les techniques demandées jusqu’au 1er Dan sont des techniques de base,

mais elles doivent être effectuées avec une parfaite maîtrise à un niveau « Ceinture noire ».

Les deux partenaires se font face en Yoï. Comme il s’agit d’un combat conventionnel, -mais d’un combat quand même-, on détermine un tori –celui qui a l’initiative de l’assaut- et un uke –celui qui se défend et contre-attaque.

Tori effectue hidari kamae gedan barai, mais contrairement au kihon où il avance sa jambe gauche, il recule cette fois-ci sa jambe droite, de façon à rester à distance de combat –toujours cette notion de maaï –Cf. 2 Evaluation.

Tori annonce sa technique avant de l’exécuter et le niveau d’attaque. Uke bloque et contre.

Uke effectue dans un premier temps un travail particulier, puisqu’il exécute ses deux premières techniques sans blocage, à la limite du sen no sen –anticiper l’attaque adversaire-, en faisant même de larges sorties à 45 et 90 degrés à l’extérieur des offensives de son partenaire. Il est bien sûr important de noter le travail d’amener au sol sur projection, qui est systématiquement suivi d’un atemi –tsuki, kakato-, car un adversaire au sol peut encore réagir.

2-Evaluation 

  Les critères d’évaluation sont sensiblement les mêmes qu’en kihon. La stabilité, la respiration, le kiaï, le regard, etc. sont des éléments d’autant plus important qu’uke et tori se font véritablement face. La différence essentielle est d’ailleurs, une fois encore, dans cette situation d’opposition. Uke ayant connaissance de la technique de tori et le niveau d’attaque avant l’exécution de celle-ci, il n’a évidemment pas le droit à l’erreur.

Il est évident que l’évaluation portera également sur la gestion de l’opposition d’uke et des diverses stratégies qu’il mettra en place. Ce dernier aspect est capital, car on ne peut attendre d’un karatéka qu’il frappe simplement pour frapper, ce qui reviendrait à remettre en question son efficacité au combat.

Enfin, nous restons, pour ce qui est du Shodan, dans un travail de base.

Gérer l’opposition : ce principe est à la fois une introduction et une conclusion à l’énoncé de l’ensemble des critères d’évaluation puisqu’il se décline de façon spécifique à chacun d’entre eux. La gestion de l’opposition comprend plusieurs « grilles de lectures ».

Sur le plan affectif : entre en ligne de compte la question au combien essentielle de la confiance en soi. Notre vécu, notre culture, notre appréhension du contact physique et même de la violence peuvent être des atouts majeurs comme des freins dangereux, et ainsi travailler sans respecter l’intégrité physique du partenaire –absence de « contrôle »- ou au contraire générer des blocages. Il sera donc important de garder une certaine mobilité, de réagir « dans le temps » sans se laisser déborder par l’attaque adverse, de rester fluide et « maître de la situation ».

Sur le plan émotif : l’affect et/ou notre état affectif à un « instant T » ont évidemment une incidence sur notre capacité à maîtriser –comprendre ne pas se laisser déborder- par nos émotions. Bien entendu, notre bagage technique contribue généralement à mieux/bien gérer celles-ci et même, plus largement, à prendre confiance en nous-mêmes –et oui, tout est lié. L’appréhension du coup, la crainte de ne pas être en capacité de bloquer l’attaque, ou encore tout simplement la peur sont autant d’obstacles à la production d’un travail –et donc d’une réponse- efficace. Cet état émotif se caractérise souvent par une contraction des épaules, une crispation excessive, voire par une insuffisance respiratoire –ou par une respiration haute. Le pratiquant veillera donc à évacuer ou plutôt gérer son stress, l’évaluateur étant particulièrement sensible à ce que le karatéka ait les épaules basses, décontractées, et une respiration calme.

Sur le plan technique ; il s’agit en fait de la stratégie de combat. Le professeur –ou le jury- évaluera donc moins le choix de la technique pour la technique mais le(s) choix stratégique(s) du karatéka. Le blocage effectué est-il à l’intérieur ou à l’extérieur de l’axe d’attaque, en ligne directe, à 45°, à 90° –pertinence du placement en fonction de l’attaque de tori et du blocage exécuté- ? Uke opte-t-il pour une contre-attaque main ouverte, poing fermé, ou au contraire de genou ou de pied –distance d’efficacité- ? Uke fait-il le choix d’une projection ou d’un amené au sol ? A chaque fois, l’évaluateur observera la crédibilité et la technicité du travail d’uke à travers ses choix stratégiques. Exécuter un gyaku tsuki sous forme classique si la distance exigeait plutôt une forme tate ou ura tsuki s’avérerait inefficace et se doublerait de surcroit d’une faute technique. Exécuter un jodan mawashi geri en s’accrochant au bras de tori pour ne pas tomber en arrière ou tout simplement perdre l’équilibre attesterait de manière flagrante d’un manque de stabilité, et donc d’efficacité.

Enfin, tori sera lui évalué sur la bonne exécution des techniques offensives, le respect des niveaux d’attaque, l’absence de temps d’appel, la stabilité, etc.


L’académisme laisse place à l’originalité. Outre le travail très circulaire d’Uke, il est intéressant d’observer là aussi les amener au sol, non pas cette fois-ci par projection ou balayage, mais par une position elle-même au sol –manji geri ou kami bassami.

Conclusion 

  Le kihon ippon kumité, de part la technicité qu’il requière, est un exercice difficile. Les difficultés les plus fréquentes et les défauts qu’elles entraînent sont les suivants : manque de stabilité du fait d’une position aléatoire –surtout chez les débutants-, temps d’appels trop fréquents –notamment l’ouverture du pied avant sur oi tsuki-, manque de maîtrise des techniques de jambes –ouverture de la garde, jambe d’appui complètement tendue, etc.-, absence de contrôle et/ou mauvaise gestion de la distance –trop près, mais plus souvent trop loin-, choix stratégiques hasardeux –blocage et contre de la même main quand le bon sens aurait exigeait le contraire.

Enfin, les pratiquants peuvent entrer dans une répétition trop mécanique des enchaînements, suivant un rythme très précis, et perdant ainsi l’un des principaux intérêts de ce travail. Certes conventionnel, le kihon ippon kumité est un combat, il est donc essentiel de procéder à des ruptures de rythme, de créer la surprise, d’opérer des choix stratégiques efficients, de surprendre le partenaire/adversaire, de « se mettre en danger » en ne s’enfermant pas dans ses acquis…

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